L’État, le Crédit Mutuel et moi…

L’État, le Crédit Mutuel et moi…

Attention, ce post risque de vous sembler un peu amer. Mais l’expérience est vécue…
et en cours

Vous savez quoi ?
Le goût de ce gouvernement pour les annonces non suivies d’effets va loin dans le détail.
Le goût des banquiers pour le sang aussi

Quelques infos sur le contexte

  • Le Fil à Plomb est une jeune société (un seul bilan),
  • Ledit bilan est médiocre (CA 31k€ HT, résultat de -800€) mais dans ce temps et sur ces deniers, j’ai acheté tout le matériel nécessaire à mon activité, j’ai construit et financé mon bureau et mon atelier, j’ai fait 6 mois de formation (dont un cursus qui se fait généralement en 2 ans), parce qu’il a fallu que je devienne électricien… pour être électricien, j’ai travaillé la nuit après mes cours pour maintenir le FÀP en vie,
  • J’ai ajouté aux compétences de base de l’électricien :
    • La pose de Bornes pour Véhicules Électriques (IRVE)
    • La climatisation. (Les deux activités sont réglementées, nécessitent un agrément/une certification auprès d’organismes agréés —Bureau Véritas, Afnor, Qualifelec— et un matériel spécifique)
    • La domotique
  • Je commençais à démarrer efficacement, ma formation à peine terminée 
  • J’ai un stock raisonnable qui me permet de travailler et qui est payé.

Et puis boum, la crise sanitaire qui nous réjouit tant ces derniers jours.

Récit

Les entreprises sont dans la merde ?
Réponse du Gouvernement : 
—> Aucun problème, on va les aider !
—> Allez voir BPI France, tout est expliqué. Et tout est assuré.
(Annonce officielle)

Et en effet, Super : exactement ce dont j’avais besoin puisque j’étais dans l’impossibilité de travailler
(artisan, je travaille surtout chez des particuliers qui avec le SRAS-COV2 semblent étonnamment peu enclins à solliciter mes services, voire même à me laisser entrer chez eux) et cette aide était bien adaptée et bienvenue.
Mais surprise, pour les banques, ce n’était pas clair et elles avaient du mal à traiter. (Ah ?)
Du coup, elles ont demandé un peu de temps.
Pour être sûres.

Et puis, de jour en jour, (peu de jours, certes, mais suffisamment pour apporter des modifications importantes) les modalités changeaient (restrictions de plus en plus fortes, aides de plus en plus faibles, conditions d’accès de plus en plus drastiques).
(La réalité)

Et forcément, les banques commencent à dire que ben non, pas trop, parce qu’elles ne sont sûres de rien.

Mais pas grave, j’avais demandé un crédit (40k€ HT) pour de l’investissement (VU, matériel spécifique, certifications Veritas et Qualifelec etc) 10 jours avant le confinement, avec l’aide de la CMA, un PTZ de 20% du montant, proposé par la région qui en outre cautionnait le crédit à hauteur de 70%. Du velours.
Et ça, ça allait tomber !

Ou pas.

À cause des évènements actuels, tous les dossiers sont bloqués jusqu’en 2021, pour pouvoir traiter les demandes des entreprises en difficulté… mais pas la mienne, parce que dans le bâtiment on a le droit de travailler, donc il faut y aller !
(Un remerciement tout particulier à Muriel Pénicaud pour sa vision pragmatique et réaliste des choses).

En outre, les aides proposées sont dorénavant toutes ou presque inadaptées à mes besoins. Je suis trop petit, pas assez vieux (ma boîte, parce que moi, si, ça commence à se voir), pas assez riche et je n’ai pas assez d’employés. En plus, j’ai été assez con pour ne pas avoir de CA en mars 2019. 
Et dans l’économie d’une Start-up nation, je ne représente rien.
Depuis qu’on me le dit que je ne suis rien, je vais finir par penser que c’est vrai…

Et du coup, comment tu vas faire ?

Ben, je vais chercher des solutions, je vais relancer ma banque, re-contacter les prospects qui m’avaient demandé des devis et leur faire signer…
(Techniquement, auparavant, j’en ai parlé à mes amis sur FB, histoire de reprendre ma respiration et parce que j’avais besoin de cracher tout ça. Et vous savez quoi, ils m’ont fait du bien !
Merci à eux tous pour leurs messages affectueux, délicats, pragmatiques ou pour les coups de mains proposés)

Là, en gros, j’ai à peu près de quoi payer mes fournisseurs (je ne supporterais pas la honte de ne pas les payer, de toutes façons), j’attends quelques encaissements. Grâce à ma CB à paiement différé et un tout petit découvert, je vais quand même traverser cette mauvaise passe… enfin, j’espère.

De toutes façons, je vais relancer la banque pour le prêt garanti à 90% par la BPI qui finalement ne peut pas excéder 6000€ HT (25% de mon CA), mais ça suffit amplement.
En plus, la CMA me dit qu’avec un accord de ma banque, ils peuvent quand même débloquer mon dossier (pour le crédit initialement envisagé).
En cumulant les deux, je vais non seulement sauver mon entreprise, mais en plus, mes travaux vont reprendre force et vigueur dès la sortie du confinement !
Et dans de bonnes conditions.
Et en gardant à l’esprit que je vais certainement pouvoir embaucher quelqu’un dans peu de mois.

Mais ça devient quand même difficile. Et stressant.
Et la banquière qui ne répond ni à mes mails, ni sur la messagerie interne, ni au téléphone.
Je sais que je ne suis une goutte d’eau dans cet océan de soucis, mais je commence à m’inquiéter un peu, d’autant que mon épouse, Architecte d’Intérieur, est à peu près dans la même situation.

Et je commence à avoir les boules aussi. 
J’ai passé 2 ans à rendre cette boîte viable, la plupart du temps, je ne me suis pas payé, ma voiture est morte et ma boîte agonise dans l’indifférence générale et le mépris de Muriel, de Sibeth et de tout ce délicieux gouvernement.

Au-delà de ma tristesse et de mon abattement, peut-être même pourrais-je parler d’affliction, je conçois un certain agacement de constater que notre gouvernement va déployer des aides qui semblent volontairement exclure les toutes petites structures comme la mienne, certainement, parce qu’il sait que n’ayant pas d’autre choix, tous ceux qui sont dans mon cas vont faire preuve de résilience, fermer leur gueule, remettre l’ouvrage sur le métier et tout recommencer à zéro… en dessous de zéro, puisque nous auront perdu la structure juridique qui nous permettait de travailler.

Oh et puis, en fait, quand je dis ‘fermer leur gueule’, c’est purement rhétorique , puisque je suis déjà en train de l’ouvrir, même si c’est un râle d’agonisant.

Encore un truc : que mes amis qui sont à leur compte jettent un oeil/se méfient : le report ‘systématique’ des impôts est finalement… soumis à conditions !
Par ailleurs, la TVA étant un impôt indirect n’est pas du tout concernée par ces mesures. Donc en gros, ce sera seulement le CFE et l’acompte du 16 mars, et encore, pas forcément…

Et puis, une excellente nouvelle quand même, un ami m’a signé un devis et m’a viré un acompte. En faisant gaffe, c’est un mois de gagné !
En plus, je possède déjà l’essentiel du stock nécessaire, donc, ce n’est même pas de la cavalerie ! Trop fort le castor !

Finalement, non…

Ma banquière, que j’ai contactée (ou plutôt essayé de contacter) 7 fois (sept !) au cours des deux dernières semaines vient enfin de daigner me répondre pour me dire que son directeur d’agence avait considéré que je n’étais pas prioritaire et qu’on ne pouvait m’accorder aucune aide, même celle de la BPI qu’ils préfèrent réserver à d’autres…
En outre, pour faire bonne mesure, elle vient de me retirer mon autorisation de découvert et de me supprimer le paiement différé… sans me prévenir auparavant. 
En gros, une petite banquière dans une petite agence lyonnaise du Credit Mutuel vient de décider que je devais mourir… et quand je le lui ai dit en ces termes, elle a déclaré qu’elle ne l’aurait pas ‘formulé comme ça, mais que c’était l’idée générale’. Froidement. Mécaniquement. Sans aucune compassion. et avec un certain empressement à raccrocher. Classe. 
Merci.
(ça me rappelle l’histoire du petit lapin et du serpent, mais j’y reviendrai une autre fois).
En plus, je ne suis même pas sûr qu’elle m’aurait appelé si une amie avocate à laquelle j’ai parlé de mes soucis n’avait pas pris contact en mon nom avec le directeur d’une autre agence du CM qui l’a contactée pour lui dire de m’appeler.
Un peu de mépris ne nuit pas…

La réalité, c’est donc que non seulement la banque a refusé de m’aider (s’ils m’avaient accordé le prêt de trésorerie nanti par la BPI, ils auraient pris un risque de 600 €. Je répète SIX CENTS euro), mais qu’en plus, elle a décidé de m’achever. 
Littéralement. 
En supprimant les deux éléments qui me permettaient de jouer un peu avec le temps : un (petit) découvert et la CB à paiement différé.
Bien entendu, elle avait mis cette ‘mesure’ (devrais-je dire cette ‘contre-mesure’ ?) sans m’en informer.
Je ne suis pas sûr qu’elle aurait même daigné me prévenir si elle n’y avait pas été en quelque sorte ‘contrainte’ par son collègue d’une autre agence…

Encore plus drôle, à cause de ça, je me retrouve à -1600€, la veille du jour où l’acompte (1700€) va être versé avec en outre des frais de 8,50 par opération.

J’imagine que demain ils vont me recontacter pour me dire que je suis sous le coup d’une interdiction bancaire… Ainsi, ils pourraient être absolument certains que je ne me relèverais pas.

Au final, je sais que je ne suis pas seul dans ce cas, d’autres tout petits vont finir par apporter des témoignages semblables à celui-là. Je sais que je suis insignifiant à l’échelle de l’économie, mais c’est symbolique. 
Et c’est symptomatique d’une attitude générale…

Et comme de nombreux artisans, la vie de mon entreprise et la mienne sont liées.
Et là, c’est ma vie que je joue.

Lionel, artisan défaitiste et profiteur… aux fraises.

PS : n’hésitez pas à laisser un message ou à me contacter directement par mail : FAP@L3L.org

Petite mise à jour du 2 avril :
Après le refus d’un prêt de trésorerie par ma banque, il semble que j’aurais eu ‘de droit’ accès à l’aide de la région de 2 000€.
Mais encore une fois, pas de chance, cette aide n’est accessible qu’aux entreprises auxquelles l’aide de 1 500€ a été accordée…
Note pour plus tard : faire attention à l’endroit où je pisse, il y a toujours un cimetière indien qui peut se cacher quelque part.

Mise à jour du 3 avril :
Les ‘actions’ mises en place par ma banque ont permis de réduire à zéro les effets des encaissements que j’ai effectués.
Bien sûr, le délire m’a déjà coûté plus de 80€ de frais indus.

Si je n’ai pas rentré derechef un peu d’argent sur mon compte avant le 10 avril, le paiement de ma décennale sera refusé. Ça n’aurait pas été possible en maintenant mon paiement différé... sachant que j’attends environ 2000€ de paiement aux alentours du 15…
Plus je pense à cette situation, plus je suis morose.

Mise à jour du 8 avril :
La situation n’est pas meilleure mais je souris, parce que deux autres personnes m’ont tendu la main :
Irving Magi, Journaliste à ‘Le Media‘. Je ne pense pas qu’il puisse tirer grand chose de l’interview qu’il m’a accordé, mais je le remercie sincèrement de son extraordinaire gentillesse, et surtout d’avoir pris le temps de m’écouter.
Jean-Matthieu Delacourt, le président de la FTPE. Là non plus, je ne sais pas si les efforts qu’il est en train d’engager pour moi amèneront un changement pour mon entreprise, mais je tiens à le remercier. Très sincèrement.

D’un autre côté, aucun des dirigeants du Crédit Mutuel (notamment Messieurs Daniel Baal et Pierre-Édouard Batard) que j’ai essayé de contacter ne m’a répondu.

Un grand merci à tous les anonymes qui m’ont donné un coup de pouce sur les réseaux sociaux et à tous mes amis pour leurs preuves d’affection et leur aide.
On ne dit jamais assez à ses amis qu’on les aime.

Mise à Jour du 9 avril :
Je viens de recevoir deux messages de Messieurs Baal et Batard, du Crédit Mutuel.
Le premier est fort courtois et m’assure d’un nouveau regard sur mon dossier.
Le deuxième cherche à comprendre et à traiter cette information.
Soyez tous les deux remerciés de vos réponses et de tout ce que vous voudrez bien faire pour m’aider à sauver ma société.

Laurence Dequay (Marianne) m’accordé un entretien téléphonique. Bien que je sois peu de chose, un cas parmi d’autres, elle m’a accordé du temps et de l’écoute. En outre, ce qu’elle a pu me dire était tout à fait instructif.
Elle souhaite prendre contact avec ma banque afin de confronter les points de vue.
Merci infiniment à elle aussi.

Mise à jour du 11 avril : ma conseillère m’a envoyé un mail pour me dire que finalement, le CM m’accordait l’accès au PGE !
Je suis assez content de n’avoir rien lâché et d’avoir contacté des dizaines de personnes, ça valait le coup…

Mise à jour du 16 avril :
Il semblerait que le PGE soit en bonne voie.
En tout cas, tous les documents sont signés. Je ne crie pas victoire, parce que j’ai appris à considérer que de ‘bonnes’ surprises pouvaient advenir à une fréquence étonnante, mais j’ai bon espoir que l’on soit sur la bonne voie.

Quant aux relations avec la conseillère qui suit mon compte au Crédit Mutuel, je craignais qu’elles ne soient un peu détériorées (d’un côté, elle a essayé de m’achever quand j’étais étiolé, d’un autre côté, il est probable que le fait que sa hiérarchie ait demandé une réponse différente de celle qu’elle m’avait faite ait pu la contrarier).
Et bien étonnamment, c’était assez bien vu.
Pourtant, elle aurait pu saisir l’occasion offerte par ce revirement, quand bien même il ne lui était pas imputable pour me dire un mot gentil, me signifier qu’elle était contente du tour que prenaient finalement les événements et qu’elle était soulagée de voir que j’allais m’en sortir.
Elle aurait gagné en humanité et aurait permis une relation plus ou moins maintenue…
Au pire, nous aurions pu déceler une trace d’hypocrisie mais c’eut été néanmoins une amélioration.
Aujourd’hui, nous en sommes là :
(Extraits de mails. Verbatim)

Le FÀP : Par ailleurs, je vous saurais gré de bien vouloir faire un geste pour me rembourser les frais induits par les modifications effectuées par votre direction et dont je n’ai pas été prévenu avant de les constater.

Le CM : [Pas de réponse]

Le FÀP : Avez-vous pu voir pour me rembourser les frais directement liés au fait que votre direction a créé en retirant le paiement à débit différé sans me prévenir ?

LE CM : Concernant votre demande d’extourne, je ne peux malheureusement pas donner de suite favorable.

Le FÀP : Un détail encore, concernant l’extourne, puisque c’est ainsi que vous l’appelez.
Je comprends que vous ayez décidé d’user d’une espèce de forme de pouvoir discrétionnaire et l’accepte.
Toutefois, les frais imputés n’auraient jamais pu l’être si vous n’aviez pas décidé de me planter un couteau dans le dos sans même prendre la peine de me prévenir. Ils sont donc totalement indus, ne serait-ce que moralement, humainement ou philosophiquement. 
Ils sont, à mes yeux, une manière de perfidie
Les rembourser eut été loyal.

Le CM : [Pas de réponse]

Information complémentaire : le crédit a été débloqué !

Cela dit, je viens de recevoir un courrier par lequel le Crédit Mutuel m’interdit d’utiliser ma carte bancaire, qu’il a bloqué !

Mise à jour du 17 avril :
Covid-19 : Pénicaud sacrifie les travailleurs du bâtiment : Lien ici
L’émission d’Irving Magi (et une partie de l’entretien qu’il m’a accordé).
Encore une fois, Merci, Irving.

Mise à jour du 27 avril, pour fêter les 172 ans de l’abolition de l’esclavage en France…
L’article lui est daté du 21 avril. Encore une fois, tous mes remerciements à Laurence Dequay, de Marianne
Le lien vers l’article est accessible en cliquant sur le Logo de Marianne :

6 commentaires

Les 3 Lumières Publié le13 h 23 min - 3 avril 2020

Je vous propose ici un article édifiant de Gilles Grinal, publiée le 3 avril 2020 dans ‘La Tribune’ :
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/en-periode-de-crise-grave-faut-il-ne-sauver-que-les-plus-forts-844182.html

Steg Publié le9 h 48 min - 5 avril 2020

Rhhaaaaaaaaaaaaa j’enrage de te lire!!!
Oui tu n’es pas isolé! Je travailles essentiellement avec des autoentrepreneurs et ce constat aller est souvent partagé.
2019 n’était pas l’année pour créer une entreprise mais pour s’inscrire en formation…
Je t’envoie plein de courage à défaut de pouvoir te soutenir autrement!!

    Les 3 Lumières Publié le16 h 04 min - 6 avril 2020

    Merci, Stef !
    Je me doutais que je n’étais pas seul… et c’est d’autant plus grave…

Cruz-mermy Publié le10 h 32 min - 5 avril 2020

Le COVID tue physiquement le personnes et moralement ce qui fait le tissus économique de notre pays. Enfin ce qu’il en restait: tourisme, artisanat, commerce.
Le tout sans couvrir le bruit de mastication des puissants qui se repaissent de nos infortunes.
En 2008 les banques ont appelé aux secours les citoyens et n’ont rien changé à leurs feuilles Excel.
Il est temps de revoir cette finance sans conscience et sans humanité.

    Les 3 Lumières Publié le16 h 05 min - 6 avril 2020

    Je suis d’accord avec toi, Laurent.
    Merci d’être venu lire mes déboires.
    Lionel

Fgrsgrory Publié le0 h 35 min - 24 décembre 2020

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